L’animal du mois
- Publié le :
- 11 mars 2026
- Catégorie :
- Actus de la réserve
Atelopus flavescens, l’Atélope jaunâtre
Atelopus est un genre de crapauds diurnes endémiques des régions néotropicales qui compte de nombreuses espèces, particulièrement diversifiées dans les hauteurs des cordillères d’Amérique centrale et des Andes. Il existe en Guyane deux espèces, Atelopus hoogmoedi dans le sud et qui remonte vers le nord le long du Maroni jusqu’au mont Kotika et Atelopus flavescens qui occupe les deux tiers nord du territoire.
Ce sont des petits crapauds à l’allure frêle et à la peau lisse qui présentent pour la plupart des colorations aposématiques vives synonymes de danger pour leurs prédateurs potentiels. Bien que ça n’ait été que très peu étudié chez nos crapauds, des recherches menées chez certains de leurs cousins d’Amérique centrale ont montré que le corps des atélopes renfermait un cocktail de toxines parmi lesquelles on retrouve en particulier la tétrodotoxine (et analogues) bien connue chez le fameux fugu, tétraodon particulièrement prisé dans la cuisine traditionnelle japonaise.
Atelopus flavescens est une espèce très polymorphe à tel point que par le passé, plusieurs sous-espèces voire espèces avaient été proposées pour nommer les différents types de coloration des différentes populations. La génétique ayant permis de clarifier la situation et recentrer tous ces patterns autour d’une seule et même espèce. Ils partagent cependant une constante dans leurs colorations : une face ventrale rose fuchsia.
Les Atélopes sont très liés aux cours d’eau forestiers à côté desquels les mâles lancent leurs appels dans le but de défendre un territoire et d’attirer une femelle. Après la formation d’un couple, c’est dans ces milieux aquatiques courants que la ponte sera déposée et que les futurs têtards grandiront. Pour évoluer dans ces zones d’eau vive, le têtard d’atélope dispose, à l’instar des poissons de la famille des loricariidés, d’une large ventouse formée autour de son appareil buccal qui lui permet de se maintenir sur les roches immergées dans le courant tout en broutant le biofilm qui les recouvre.
Avec près de 100 espèces reconnues, le genre Atelopus est un des plus riches chez les bufonidés néotropicaux mais c’est aussi de loin, l’un des genres les plus menacés au monde. 70 % des espèces sont considérées comme en danger critique d’extinction et il est probable qu’une grande partie ait déjà disparu. La principale cause de leur disparition a pour origine le contact avec le champignon aquatique pathogène Batrachochytrium dendrobatidis. Les conditions fraiches et humides rencontrées dans les hauteurs des grands reliefs où se concentre la grande majorité des espèces ainsi que le lien étroit avec les cours d’eau où les atélopes se reproduisent, sont particulièrement propices au développement de chytridiomycoses, maladie infectieuse engendrée par l’exposition au champignon.
Les conséquences ont été catastrophiques sur les espèces d’altitude dont certaines populations se sont éteintes en quelques années à la suite de l’arrivée du pathogène (parfois à peine plus d’une année seulement).
En Guyane, loin des hauteurs atteintes par les sommets des montagnes d’Amériques centrales et de la cordillère des Andes, nous pensions être épargnés de l’action délétère de Batrachochytrium dendrobatidis bien qu’il soit présent sur le territoire. Cependant, des chutes évidentes dans les effectifs de certaines populations ont déjà été constatées comme c’est le cas sur la réserve naturelle Trésor. Autrefois communs, ils sont devenus aujourd’hui beaucoup plus rares et n’ont plus été contactés de criques où ils étaient pourtant systématiquement relevés. Sur les sentiers de la réserve aucun contact n’avait été réalisé que ce soit lors des suivis ciblés ou lors des nombreux passages sur le secteur pendant plusieurs années. Ce n’est que depuis l’an dernier que quelques atélopes ont commencé à y être de nouveau observés. Doit-on y voir un retour timide des atélopes sur la réserve ? Les observations, systématiquement relevées par les agents de la réserve au cours de leurs missions, restent tout de même peu fréquentes et leurs chants grinçants manquent encore désespérément le long de nombreux cours d’eau…
















