Réserve Trésor

Herpétologie

Amphibiens

La classe des amphibiens représente sans doute aujourd’hui un des groupes les plus menacés à l’échelle mondiale (changements climatiques globaux, pollutions, maladies émergentes …). Identifier des enjeux pour leur conservation est donc une priorité.

Cela passe par l’acquisition de connaissances sur la biologie et l’écologie des espèces et par une surveillance régulière de l’état des populations. La richesse élevée de la batrachofaune sur la réserve et plus généralement en Guyane font de cette partie du globe un des hotspots pour la conservation des amphibiens à travers le monde.

Suivi du Dendrobates tinctorius

Il s’agit d’étudier une espèce emblématique et déterminante en Guyane.
Le patron de coloration ainsi que son écologie (espèce diurne et terrestre) font du Dendrobates tinctorius un bon sujet d’étude pour le suivi d’une population animale.

Les données récoltées chaque année fourniront une tendance évolutive de la population sur la réserve. Ce suivi sera couplé aux relevés sur la chitridiomycose (voir plus bas).
Des études similaires sont entreprises sur d’autres réserves naturelles de Guyane. Les données enregistrées sur Trésor peuvent donc être analysées comparativement à l’échelle de la Guyane.

La méthode utilisée s’appuie sur les études par Capture-Marquage-Recapture et se déroule sur le sentier botanique. Les patrons (disposition des motifs colorés) des dendrobates sont propres à chaque spécimen permettant une reconnaissance individuelle des animaux. Pour chaque capture, des photos du dos et des flancs sont réalisées pour permettre une identification ultérieure.
En fin d’étude, la proportion de recapture durant le suivi par rapport au nombre de captures totales associée à un traitement des données à l’aide d’outils informatiques, fournissent des indications sur la taille de la population du secteur étudié.
L’opération, initiée en 2009, est répétée chaque année en début de saison des pluies pour déceler d’éventuelles fluctuations dans le temps et s’assurer du maintien des effectifs sur le long terme.

Photo-identification de différents dendrobates© RNR Trésor

Photo-identification de différents dendrobates © RNR Trésor

Surveillance acoustique et visuelle des espèces communes

Toujours sur le sentier botanique en parallèle du suivi dendrobate, il est noté chaque rencontre des espèces communes du secteur. Tous les contacts visuels mais aussi auditifs sont relevés. Ils concernent deux espèces de crapauds feuille (Rhinella margaritifera et R. castaneotica), l’Atélope jaunâtre (Atelopus flavescens) et les Aromobatidés Anomaloglossus baeobatrachus et Allobates femoralis.
Seule une estimation d’abondance est retenue dans ces cas, il n’y a pas d’identification individuelle.

Étude chytride

Le champignon Batrachochytrium dendrobatidis est connu pour parasiter la peau des amphibiens et causer une chytridiomycose, maladie infectieuse responsable de la disparition de populations entières de différentes espèces à travers le monde.

Mis en évidence récemment en Guyane et sur le territoire de la réserve, un échantillonnage réalisé en 2012 a permis de visualiser la prévalence (pourcentage de contamination) de l’agent pathogène chez Atelopus franciscus, Rhinella sp et Dendrobates tinctorius.
Si l’identité et la virulence de la souche guyanaise sont pour le moment inconnues, un échantillonnage régulier (annuel) chez ces espèces permettra de voir une éventuelle évolution du taux de contamination. L’examen de l’état général des spécimens fait partie intégrante du protocole.

Cette étude est couplée au suivi démographique de la population de Dendrobates tinctorius du sentier botanique. Il est prévu d’étendre l’échantillonnage à des espèces semblant être en régression sur la réserve ou plus sujettes à risque (espèces ripicoles).
Des écouvillons stériles sont frottés directement sur la peau des amphibiens en insistant bien sur les pattes avant et arrière (parties riches en kératine cibles du champignon).

Une attention particulière sera portée sur les individus trouvés affaiblis et/ou abimés. La détection du champignon pathogène se faisant ensuite en laboratoire.

A l’heure actuelle, nous avons trop peu de recul pour proposer une tendance, mais on ne semble pas assister aux extinctions massives observées dans d’autres pays.

Rhinella castaneotica © RNR Trésor

Rhinella castaneotica © RNR Trésor